Poésie générative
House of Leaves of Grass
Auteur·e

House of Leaves of Grass est une œuvre hypermédiatique disponible sur le Web, basée sur un générateur de strophes de poème. Ces strophes se composent en fonction des coordonnées du pixel désigné par le curseur de l’internaute à l’écran et se forment à l’intersection de deux textes sources : le texte complet de l’édition de 1891-1892 de Leaves of Grass poème de Walt Whitman et House of Leaves, roman publié en 2000 de Mark Z. Danielewski. Le nombre de strophes possibles, s’il semble de prime abord infini, ne l’est pas : les coordonnées se situent sur une échelle allant de 0:0 à 10000000:10000000, permettant comme l’indique la section explicative du site Web, de créer environ 100 billions de strophes, correspondant approximativement au nombre de cellules du corps humain. La typographie utilisée dans l’œuvre se fonde sur une police vectorielle dont la particularité est d’être basée sur une suite d’instructions graphiques qui juxtaposent des traits et des arcs recomposant ainsi les contours des caractères. Son avantage est de permettre un affichage net quel que soit la taille de police, détail important puisque l’œuvre de Sample exige de jouer avec le zoom de l’écran, en tapant sur les touches A et Z du clavier ou en utilisant la roulette d’une souris, pour découvrir plus ou moins de strophes, celles-ci semblant s’étendre infiniment hors champ. La typographie est donc particulièrement soignée à l’image du travail opéré par Danielewski dans son roman, à noter que comme dans House of Leaves, les occurrences du mot « house » sont soulignées en bleu dans House of Leaves of Grass. Les extraits des textes de Danielewski et Whitman ont été choisis grâce à plusieurs outils informatiques, en fonction de leur longueur, de leur fréquence d'apparition ou des thèmes abordés, puis recomposés selon un algorithme basé sur sept modèles syntaxiques. Les quatrains ainsi produits sont syntaxiquement lisibles quand bien même leur signification paraît le plus souvent obscure.

Ainsi, Sample propose une œuvre profondément intertextuelle. À travers l’exploration des connexions entre deux textes, elle produit un remix qui permet de former une œuvre tierce dont la forme s’inspire d’une autre œuvre hypermédiatique de Nick Montfort et Stephanie Strickland Sea and Spar Between (2011), dont il reprend le script.

Relation au projet: 

House of Leaves of Grass à l’image de la maison au cœur de l’œuvre de Danielewski possède des dimensions intérieures supérieures à ses dimensions extérieures et, de la même manière que Leaves of Grass interroge l’expansion de l’Amérique, questionne les modalités de sa propre expansion. C’est une œuvre qui tente à la fois d’épuiser ses textes sources et l’espace de l’écran dont chaque pixel révèle une strophe. De par la quantité singulière de poèmes produits, elle se fait œuvre totale, toute lecture exhaustive en est impossible, sa lecture étant plus longue que le temps d’une vie.

Nous serions alors tentés de qualifier la démarche de Sample d’oulipienne tant elle n’est pas étrangère à celle d’un Queneau et ses Cent mille milliards de poèmes. Ces deux œuvres partagent la même ambition surdimensionnée, laquelle contraste avec la simplicité du dispositif choisi : Queneau utilise un banal livre qu’il se contente de découper en languettes ; Sample propose un générateur de texte à la programmation des plus simples, basée sur les coordonnées des pixels à l’écran, son conteneur Web pèse à peine 24k.

Son titre en forme de concaténation annonce une œuvre qui se construit comme un feuilleté, au-delà même du mot qui rassemble les deux œuvres initiales. Les textes qui y sont réunis font corps, corps électrique à chanter pour paraphraser Walt Whitman, corps constitué de 100 billions d’éléments, pixels ou cellules : « (I am large, I contain multitudes.) » (Whitman « Song of Myself »).
 

Citation: 

"No house no hand no breath no law"

"fuck –songless– and behold.

I am the bad (and sweet) hallway

so soundless is the ash.

blistering with love

  animal! City!

blistering with love

  this is not for man