Film
Le Monde Selon Monsanto

Le monde selon Monsanto est un film documentaire réalisé par Marie-Monique Robin en 2008. Il a pour sujet la firme américaine Monsanto contre qui le documentaire mène l’enquête. L’entreprise en question est une entreprise multinationale qui produit des semences OGM pour les agriculteurs. Elle vend également les produits désherbants et autres engrais chimiques destinés au monde de l’agriculture.

Le film documentaire est un plaidoyer à charge contre l’entreprise dont la réputation est entachée de multiples scandales et zones d’ombres. Notamment en ce qui concerne l’impact polluant de ses engrais chimiques et l’emprise que la firme a sur les instances américaines comme la FD (Food and Drugs Administration) par la manipulation et la corruption. La caméra amène le téléspectateur à travers le monde sur les traces des scandales mais aussi des drames humains que produit la firme Monsanto, depuis l’Amérique du sud en passant par l’Europe pour finir en Inde, Monique Robin montre dans son documentaire engagé à quel point le monopole de la société Monsanto est planétaire. La volonté de la firme étant, d’après le film, de contrôler l’industrie alimentaire dans le monde.

Le monde selon Monsanto n’est pas sans rappeler un autre documentaire : Supersize me. Si le sujet n’est pas le même, l’engagement contre McDonald’s ou Monsanto demeure le même, mettre en lumière un danger pour l’individu et la société. Danger pour l’individu car chaque être humain est aujourd’hui susceptible de consommer des OGM. Danger pour la société car la firme détient un quasi-monopole sur les semences et n’hésite pas non plus à employer des méthodes douteuses pour parvenir à ses fins. Car le film documentaire fait également apparaitre les manipulation politiques et la corruption à laquelle s’est livré Monsanto pour obtenir les autorisations de mise sur le marché. Comme dans Supersize me, deux degrés de dénonciation se forment rapidement. Si le sujet initialement est centré sur Monsanto, il ne tarde pas à s’élargir aux ramifications du problème : le pouvoir politique, la FDA (Food and Drug Administration), Santé Canada et les institutions de santé européennes.

Relation au projet: 

En une heure et cinquante minutes, Marie-Monique Robin tente de mener une enquête la plus exhaustive possible sur la firme Monsanto. Certes, il n’y a pas d’expérience menée comme dans Supersize me. En revanche, Le monde selon Monsanto fait l’objet d’une mise en scène similaire à celle de Morgan Spurlock qui se met en scène dans son documentaire. On le voit marcher dans la rue, parler à la caméra, etc. Il incarne son film mais surtout son expérience. Marie-Monique Robin, quant à elle, est assise devant un ordinateur et écrit des requêtes sur le moteur de recherche Google comme si celui-ci lui donnait accès au monde entier depuis son siège. Derrière cette mise en scène de la réalisatrice assise devant son ordinateur et effectuant des requêtes se dissimule une interprétation : il suffit de faire une requête sur Google pour avoir accès à tout. Google (et internet) est un espace d’exhaustivité dans lequel toutes les informations sont archivées, dans lequel il suffit de poser une question à Google pour obtenir une réponse.

Le documentaire se construit sur un imaginaire exhaustif de Google et emploie un géant, détenteur d’un monopole sur le web, pour dénoncer un géant de l’industrie américaine, détenteur d’un monopole sur l’alimentation. Une recherche sur le moteur de recherche lance chaque développement du film. L’identité des responsables chez Monsanto fait l’objet d’une recherche web mais aussi les scandales ou même les lieux, tout fait l’objet d’une requête sur Google avant de basculer vers l’enquête Durant le visionnage du film, on a l’impression que Google sait tout, qu’il n’y a qu’à entrer une requête pour obtenir une réponse et mettre tout en lumière. Le film nous place clairement dans un imaginaire de l’exhaustivité qui induit une volonté de tout dire.

Le visionnage du film confirme une construction du documentaire similaire à celle de Supersize me. L’intention initiale est de cibler la firme Monsanto. La narration du film aborde d’abord l’aspect historique avec la création de la firme puis sa reconversion dans l’agriculture. Rapidement, la linéarité est brisée et l’on se met à traverser à la fois le temps (années 80, 90, 2000, etc) mais aussi l’espace puisque l’enquête nous emmène en voyage aux autres coins de la planète. Le sujet initial est dépassé par ses ramifications que la volonté de tout dire oblige d’explorer. Le découpage du film permet de contrer l’éparpillement qu’induit un sujet aussi vaste. Il a donc une importance. Marie-Monique Robin, devant son ordinateur se pose une question et soumet la requête à l’ordinateur. Google lui renvoie une liste de résultats correspondants. Sur cette liste de résultats la caméra embraye comme si celle-ci était l’oeil de Google et que le spectateur voyait au travers. L’enquête est menée à travers l’œil omniscient d’internet qui sait tout, s’affranchit de la distance et du temps pour accéder à l’information. Lorsqu’une autre question ou une zone d’ombre est soulevée, le film revient à la réalisactrice du film qui rentre cette nouvelle zone d’ombre dans le moteur de recherche. Et ainsi de suite, le film se construit sur un système de questions réponses.

Le Monde selon Monsanto vient à bout son sujet par épuisement des questions et interrogations sur ce sujet. Le film documentaire se termine quand il n’y a plus de questions et que la systématicité des questions-réponses est épuisé. De ce fait, l’impression demeure d’avoir obtenu un film à la linéarité brisée par ce système de questions et d’en être arrivé au bout pour la voir finalement mourir.

Le film est suivi d’un livre au titre éponyme qui parait la même année. Il reprend le sujet du film, ne prétend pas apporter d’éléments nouveau mais présente les mêmes informations dans un espace différent, celui d’un livre. Dans cet espace, le lecteur devient un acteur au lieu d’être un spectateur. Il maitrise sa lecture. L’approche est différente et la couverture du sujet aussi. L’information n’est plus prise dans le présent éphémère du film mais ancrée dans la permanence de la page. Marie-Monique Robin se trouve clairement dans une tentative d’épuisement de ce sujet. Elle multiplie les approches afin de toucher un public différent mais sans doute aussi pour additionner les avantages de chacun des formats (livre et film) afin de se montrer la plus exhaustive possible. On le voit ici, la volonté de tout dire nécessité un degré certain de transmédialité. Le cadre du film est dépassé par la nécessité de tout dire, de faire le tour du sujet et en ce sens, Le monde selon Monsanto va plus loin que Supersize me dans l’épuisement de son sujet.