Monitorage

L'expression Monitorer le présent interroge les conséquences liées à l’impossibilité pratique de thésauriser, de classer et de consigner les flux d’informations. En effet, comme l’a observé Arlette Farge (1989), l’archive convoque un faisceau de métaphores aqueuses propres à décrire autant sa démesure que son insaisissabilité: recherches de sources, submersion du chercheur dans la masse des documents, torrents d’information, etc. Tout récemment, des chercheurs interrogeant les mutations introduites par le téléversement perpétuel des contenus numériques sur le Web ont repris ce registre métaphorique - «flot vertigineux d’images» (Fontcuberta, 2015), «flux interminable» de données (Chatonsky, 2016) – moins pour renchérir sur la monstruosité de l’archive que pour signaler un changement de paradigme. Car peut-on encore parler d’archives lorsque l’essentiel des opérations en cause a trait à la saisie continue des contenus, au monitorage ou visualisation des flux, à la canalisation des flots d’information? Au nombre des questions que cet axe de recherche pose à la création contemporaine se trouvent: la massification inédite des contenus, les effets de spectacularisation qui en découlent, l’hypothèse d’une archive sans fond(s), la «gazéification» des contenus (cloud), la surveillance des mouvements numériques.

FARGE, A. (1989). Le goût de l’archive. Paris: Éditions du Seuil.

FONTCUBERTA, J. (2015). Un nouvel ordre visuel. Dans La condition post-photographique [Catalogue d’exposition]. Montréal: Le Mois de la photo à Montréal.

CHATONSKY, G. (2016). Esthétique des flux (après le numérique). (Thèse de doctorat non publiée). Université du Québec à Montréal.