Oeuvre sonore
Là-bas, ici
Compositeur.rice

Là-bas, ici est une pièce mixte pour percussions et électronique temps réel et différé, composée par Ana Dall’Ara-Majek et créée par l’ensemble Les percussions de Strasbourg, le 30 mars 2016 à la MSH Paris Nord. Elle fut reprise par l’ensemble Sixtrum le 5 mai 2016 à l’Université McGill, à Montréal.

Là-bas, ici fait partie d’un cycle d’œuvres composé dans le cadre du doctorat de la compositrice à l’Université de Montréal. Elle s’inscrit dans le contexte de son sujet de thèse dont le thème est l’analyse de l’interaction entre les pensées instrumentale, électroacoustique et informatique dans la composition musicale. Ana Dall’Ara-Majek a composé Là-bas, ici en se servant du bruitage vocal comme matériau générateur de l’œuvre. Dans sa thèse, elle explique que cette stratégie a été pensée dans une démarche davantage liée à la musique électroacoustique et qu’elle lui permet de générer des morphologies et des textures, c’est-à-dire des structures de base qui seront ensuite orchestrées aux instruments.

Le titre de la pièce vient du texte utilisé et exploité par la compositrice afin d’effectuer des correspondances entre formules rythmiques et voix. Ce texte, extrait d’une pièce de théâtre de Louise Bombardier, Les petits fantômes mélancoliques : contes autistes, est une correspondance entre entre deux personnages, Hans et Sophie, qui questionne la notion de distance.

Le point de départ à cette composition a été le travail des interactions entre voix et percussions. Ana Dall’Ara-Majek a réalisé des esquisses de parallèles entre des phrases et des formules rythmiques, et travaillé sur les similitudes entre les sonorités de la voix et des percussions. Pour ce faire, elle a notamment utilisé trois consonnes de la langue à clic africaine Xhosa, à savoir le X, le C et le Q, que les instrumentistes prononcent en même temps qu’ils jouent.

La partie instrumentale utilise donc beaucoup de modes de jeu de l’ordre du bruitage, et pourrait être ainsi perçue comme une partie électroacoustique. Malgré quelques passages écrits de façon métrique avec des processus compositionnels rythmiques précis, l’écriture instrumentale de cette pièce se constitue en majorité de textures, de morphologies.

Le dispositif électronique a été pensé comme une enveloppe des instruments, et l’on peut considérer la pièce comme un seul grand instrument augmenté. D’une part, des lignes à retard avec transpositions en temps réel sont effectuées uniquement sur l’une des cymbales, ce qui crée une résonance artificielle. D’autre part, des fichiers de sons sont déclenchés par un autre percussionniste à l’aide de descripteurs audio sur une autre cymbale. Ainsi, lorsque l’instrumentiste joue sur sa cymbale en l’étouffant, cela déclenche une syllabe issue du texte cité plus haut. Ces syllabes peuvent être déclenchées dans l’ordre, afin que l’on comprenne le texte, ou de façon aléatoire. Enfin, des bandes sont déclenchées à l’aide d’une pédale MIDI par un autre percussionniste.

Ainsi, cette pièce peut tout à fait être jouée sans la présence de la compositrice, d’autant plus qu’Ana Dall’Ara-Majek tient à documenter au mieux ses partitions, également pour des questions de pérennité. Elle utilise notamment des légendes audiovisuelles qui permettent aux instrumentistes d’avoir une idée très précise des modes de jeu souhaités.

D’ailleurs, la compositrice n’était pas présente lors de la création à la MSH Paris Nord le 30 mars 2016.

 

Relation au projet: 

En ce qui concerne les tentatives d’épuisement, la compositrice préférerait le thème “exploitation”, qui correspond davantage à son travail. En effet, elle exploite en profondeur le concept de la percussion vocale, mais ne l’épuise pas. Ana Dall’Ara-Majek réutilise plutôt des idées, qu’elle développe au cours de ses créations. Ce fut le cas pour cette idée d’interaction voix/percussions, qu’elle a déjà exploitée dans trois de ses pièces antérieures : Ikomanie pour choeur et bande, Ubukho pour saxophone, soprano et bande, et Solange Orange pour flûte, clarinette, saxophone, piano, violon, violoncelle et contrebasse.

D’un point de vue technique, Ana Dall’Ara-Majek procède également à des réutilisations d’objets, de patchs, de modules. À vrai dire, elle utilise le même patch, le même instrument originel pour toutes ses pièces, dans lequel elle sélectionne certains modules qu’elle adapte aux différents contextes de création.

 

Discours / Notes: 

Note de programme :

Cette pièce propose la version musicale d’une lettre. Celle que Hans adresse à Sophie, inspirée librement de l’œuvre littéraire Petits Fantômes Mélancoliques : Contes autistes de l’auteure québécoise Louise Bombardier. Hans fait le “dysfonctionnel” et attend “ici, dans son pays” tandis que Sophie “qui jamais ne plie” vit dans les rebords des fenêtres. À des kilomètres de distance, ils observent tous deux la pluie qui tombe à l’extérieur et dont l’étrange musicalité fait divaguer leur imagination.

 

Citation: 

Là-bas, ici fait partie d’un cycle d’œuvres composé dans le cadre de mon doctorat à l’Université de Montréal. Elle s’inscrit dans le contexte de mon sujet de thèse dont le thème est l’analyse de l’interaction entre les pensées instrumentale, électroacoustique et informatique dans la composition musicale. J’ai composé Là-bas, ici en me servant du bruitage vocal comme matériau générateur de l’œuvre. Dans ma thèse, j’explique que cette stratégie a été pensée dans une démarche davantage électroacoustique et qu’elle me permet de générer des morphologies et des textures, c’est-à-dire des structures de base qui seront ensuite orchestrées aux instruments.”