Roman
La vie littéraire

C'est avec une voix de femme que La vie littéraire de Mathieu Arsenault entreprend son long monologue sur la réalité d'aujourd'hui. Multipliant les critiques sur internet, sur la littérature, sur les jeux vidéos et sur tout ce qui nous est contemporain, le «personnage» d'Arsenault est aussi de ceux qui désirent publier un grand livre.

C'est dans ce parcours impossible vers «ce glorieux livre de poche qu’on traine partout»  que nous sommes entraînés, tout en suivant le cynisme de la protagoniste quant à cette possibilité. Il y a trop de tout, de nos jours, pour qu'un texte puisse revêtir l'importance que lui accorde la voix de ce roman.

Le livre lui-même se divise en trois parties, qui ont chacune leurs propres spécificités et qui se nomment, dans l'ordre, «Lire», «Écrire» et «Imprimer». Ces trois parties visent à comprendre ces différentes pratiques littératiennes directement en lien avec le rapport que nous entretenons, de nos jours, avec les différents médias. Le tout visera à justifier, d'une certaine manière, les raisons qui pourraient pousser un.e écrivain.e à imprimer un livre à l'époque du numérique. En ce monde sans papier, la publication demeure encore la consécration finale de tout.e écrivain.e, du moins dans l'image que l'on s'en fait, et c'est pourquoi tout ce chemin nous conduira à repenser la place de la littérature dans notre culture. 

Relation au projet: 

Ce roman, s'il en est un, s'inscrit à bien des égards dans le projet Archiver le présent. En effet, la forme, le style et le contenu du texte touchent à cette thématique de plusieurs façons.

Prenons par exemple le contenu. Celui-ci se présente comme un ensemble de fragments de conversations ou d'anecdotes, sans qu'il n'y ait jamais de véritable élément conducteur entre eux. Ces fragments tentent de reproduire l'instantanéité et la parcellisation de notre quotidien tels qu'ils apparaissent déjà sur les médias sociaux. Il s'agit surtout d'un véritable flux ininterrompu d'historiettes qui mettent en scène autant d'éléments de la culture populaire, allant de Mario bros à la poutine en passant par la littérature d'aujourd'hui, que d'opinions stériles sur tout et sur rien. Il y a donc une tentative de reproduction du réel et du contemporain.

Le style langagier tente, à sa manière, de refléter le langage des réseaux sociaux qui est aussi celui des jeunes d'aujourd'hui. Multipliant les Yolo et le langage texto, style «genre chu full laitte su sta foto lalalala atk sa se comprend jetais plus jeune dune année lol vrmt» (p. 34), Mathieu Arsenault dévoie la syntaxe, la grammaire et tout ce qui différencie le style oral du style écrit, afin que son langage moule le plus possible celui d'aujourd'hui. 

De plus, la forme que prend le roman se prête aussi bien à la thématique du projet. Les phrases, sans ponctuation et sans majuscule, donnent à lire la vitesse même et l'urgence du flux de notre quotidien. Partout où l'on regarde, l'univers du web domine dans ce roman. Car, des «cent cinquante-cinq millions de pages web, la totalité des livres écrits n'est plus qu'un point à l'horizon» (p.61), il ne reste donc plus à la littérature qu'à se laisser englober dans ce flux de scriptures qui pourrit nos réserves attentionnelles.  Comme le dit bien Arsenault, «il n'y a vraiment rien d'autre à faire à cette époque que de tout dévorer et de jeter les coeurs dans la poubelle» (p.21). Il y a simplement «trop de choses qui meurent et trop de choses qui existent en même temps pour qu'on puisse penser à tout ce qui arrive ou même espérer en décrire un pourcentage significatif» (p.71). Ces quelques exemples devraient suffire à inscre La vie littéraire de Matthieur Arsenault dans le projet.