Livre
My Google Search History
Auteur·e·s de la fiche: 

L’œuvre My Google Search History d’Albertine Meunier se décline en deux tomes, publiés à cinq ans d’intervalle, l’un en 2011, puis l’autre en 2016. Le projet réalise l’entreprise déclarée que promet son titre : celle de publier, sous forme livresque, l’historique de navigation de l’autrice sur le moteur de recherche Google. Alors que le premier tome contient les données de navigation qui s’étendent du 6 novembre 2006 au 7 janvier 2011, le second reprend exactement là où le premier s’était interrompu, le 8 janvier 2011, pour ne se conclure que le 20 septembre 2016.

Livrées presque telles quelles, c’est-à-dire accompagnées d’un travail d’édition minimal, les données de l’autrice sont simplement segmentées en chapitres aux titres loufoques, qui reprennent des expressions populaires ou convoquent des référents culturels en les modifiant de manière à ce qu’ils apparaissent très connotés par l’environnement numérique qui les a vus naître. Ainsi de syntagmes tels que « En attendant Baudot », cette référence à mi-chemin entre les mégabits et Beckett, ou encore « Double inconnu à bord d’un Data Center » (qui semble être un renvoi à la fois à Poe et à Dumont d’Urville). On déniche aussi certaines réinterprétations de formules galvaudées, parfois bilingues, telles que « Faut pas pousser pixel dans les orties » ou « Life in stweet ». Ces chapitres, la table des matières en rend compte, sont eux-mêmes suivi d’un certain nombre de postfaces au ton essayistique et rédigées par divers collaborateurs (au total, cinq par tome). Ceux-ci se sont greffés au projet à la demande de Meunier qui, pour sa part, ne prendra pas directement la parole entre les pages de ces ouvrages.

Relation au projet: 

En extrayant du Web le contenu fourni par le géant de l’information qu’est Google pour le rendre disponible sous forme matérielle, Meunier entame une démarche qui n’est pas sans évoquer les œuvres (aux titres tout aussi explicites) de ses contemporains américains Kenneth Goldsmith et Michael Mandiberg, Printing out the Internet (2013) et Print Wikipedia (2015). Le simple fait de limiter les interventions à un simple travail organisationnel de découpage et de livrer pratiquement telles quelles les données rappelle le travail de l'archiviste, qui s'inscrit dans une tension entre conservation des documents et nécessaire interprétation et classification de ceux-ci. 

Google enregistre déjà systématiquement les usages quotidiens de ses utilisateurs, et en ce sens l'historique qu'il propose est d'ores et déjà une archive du présent : en imprimant le résultat de cette scrutation, Meunier ne fait que le rappeler à notre mémoire. My Google Search History est donc moins l'archive d'un quotidien que le résultat d'un archivage de l'archive d'un quotidien, geste qui permet le déploiement d'une pensée critique sur la récolte de nos données. Conséquemment, c'est à la fois le quotidien et les données du moteur de recherche qu'épuise Meunier. Mais à ceux-ci, il faut également ajouter son "lecteur": est effet, My Google Search History n'est pas à proprement parler lisible. L'ouvrage relève davantage de la logorrhée que de la narration et, à ce titre, le parcourir dans son entier est véritablement épuisant, autant au sens où l'exercice exige un effort de concentration soutenu qu'au sens où il paraît évider les mots de leur sens initial, en extraire la signification par leur inscription dans une chaîne de code glossolalique qui fait dévier leur portée sémiotique originelle. 

L'oeuvre, implicitement, soulève ainsi plusieurs questions sur nos usages des moteurs de recherche, mais aussi sur notre expérience du présent : comment réinterpréter ces données pour qu'elles racontent le récit de notre présent? de quoi est donc fait ce présent et, plus précisément, ce temps passé à consulter Google? Quelles traces, quelles archives générons-nous sans même nous en appercevoir ou y porter attention et, incidement, comment réintégrer ces archives dans notre propre expérience, comment rendre intelligible aux usagers humains ces enregistrements qui ont été conçus par et pour des machines?

Discours / Notes: 

De plus en plus, nos vies, distillées sur les réseaux numériques, laissent des traces. Chaque moment passé sur internet est guidé par des sites d’information mais surtout par des moteurs de recherche, et laisse sur le réseau une petite trace invisible, comme un geste inutile.
Jour après jour, notre pratique se répète, les mêmes gestes, les mêmes réflexes, les mêmes habitudes. De ces répétitions un sillon invisible se creuse qui trace le chemin numérique de chacun. Et l’on se demande : depuis qu’internet existe, combien de temps passé devant le halo d’un écran ? Combien de fois la page d’accueil Google s’est affichée ? De cette page quasi immuable depuis des années, combien de recherches faites ? Difficile à quantifier à l’échelle humaine, tous ces octets avalés. Pourtant certains acteurs du Net, comme Google, ont très vite compris la valeur du chemin personnel parcouru par chacun sur le réseau. Très vite compris que la totalité des recherches faites sur leur moteur parlait de nous tous mais aussi de chacun.

En 2006, Google lance le service Search History et stocke les recherches des internautes. Depuis ce premier jour, albertine meunier compile scrupuleusement ses recherches et les donne à voir au public. Plus de dix années se sont écoulées : les recherches d’albertine mises bout à bout racontent une histoire, la sienne mais aussi celle du réseau.

My Google Search History, c'est aussi l'inventaire complet de toutes les recherches depuis 2006  sous la forme d'une grande liste.

Fiche de la collection

Imprimer tout Internet est-il possible ? Et si l’on essayait ? A sans doute dû se dire le poète et artiste new-yorkais Kenneth Goldsmith.

Deneuville, Allan
Fiche de la collection

En 2015, l’artiste Michael Mandiberg décide de faire de Wikipédia une encyclopédie papier.

Deneuville, Allan
Fiche de la collection

Pour souligner le centième anniversaire en 2016 de l'émergence du mouvement intellectuel, littéraire et artistique dada, les créateurs de Dada-Data

Tronca, Lisa