Exposition
Mnémosyne : quand l'art contemporain rencontre l'art du passé

Au Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM), du 12 avril 2017 au 5 août 2018, avait lieu Mnémosyne : quand l’art contemporain rencontre l’art du passé, une exposition présentant quatorze œuvres contemporaines, chacune mise en relation avec une autre œuvre issue de la collection internationale du musée — reproduites sur des cartels expliquant les rapports tissés par la commissaire, Geneviève Goyer-Ouimette (MBAM, 2017).

Les rapprochements effectués entre les œuvres nouvellement déployées dans le Pavillon Jean-Noël Desmarais et celles présentes dans la collection d'art international du MBAM sont de plusieurs types: parentés formelles, stylistiques ou thématiques; parallèles conceptuels; réappropriation et détournement de genres; rappels et renvois — tous ces modes d'association entre le passé et le présent de l'art sont preuves d'une quelconque persistance esthétique à travers le temps comme de la réactualisation périodique de certains moments importants de l'histoire de l'art. 

L'approche utilisée par la commissaire Goyer-Ouimette pour mettre en place l'exposition est empruntée à l'historien de l'art allemand Aby Warburg et son Atlas mnémosyne (1921-1929), livre posant les bases d'une «grammaire figurative générale» (Institutat national de l'Histoire de l'Art, 2012) — et dont le nom renvoie à la déesse grecque de la mémoire. Si l'entreprise exhaustive de L'Atlas (avortée par la mort de l'auteur) ne tente pas de classifier ou de synthétiser les œuvres, elle désire plutôt dévoiler la complexité des interrelations existantes — quoiqu'à priori invisibles — qu'entretiennent entre elles certaines œuvres éloignées dans le temps et l'espace. 

À travers le parcours que propose l'exposition Mnémosyne : quand l'art contemporain rencontre l'art du passé, les œuvres contemporaines sont ainsi historicisées par une narration sélective — placées à la suite et répondant en écho à un corpus d'œuvres du passé pouvant les expliquer — alors que les œuvres du passé sont, pour leur part, placées sous un regard nouveau, éclairées par la réactualisation de quelques unes de leurs composantes par les œuvres contemporaines exposées.

Relation au projet: 

Considérant que l'approche d'Aby Warburg ne vise pas à classer et synthétiser l'histoire de l'art, mais bien à déceler les interrelations formelles, stylistiques, thématiques, etc. entre divers courants et esthétiques, l'exposition Mnémosyne : quand l'art contemporain rencontre l'art du passé travaillerait donc sur un principe de non-exhaustivité — ou plus justement, d'exhaustivité négative.

Si, dans le parcours proposé par la commissaire Goyer-Ouimette, chaque œuvre fonctionne bel et bien comme une synecdoque simplificatrice (d'un courant, d'un thème, d'une esthétique, etc.), c'est qu'à l'époque du retour et de l'archive (Arsenault, 2007), ces «images, véritables compressions d'époque, sont peut-être simples, mais [...] produisent néanmoins leur effet dans l'actualité, car cette dernière a besoin de cette simplification rhétorique pour pouvoir faire cohabiter ensemble le plus d'éléments disparates possible» (Arsenault, 2007) — ce que fait efficacement Mnémosyne

Bien que la commissaire propose un lien étroit et direct entre les œuvres contemporaines et leur parallèle du corpus d'art du passé, la construction même de l'exposition pousse plutôt les spectateur·ices à comprendre, puis questionner ces rapprochements, à en faire de nouveaux selon leurs propres connaissances historico-artistiques, à réfléchir au processus même d'historicisation des œuvres et à leur place dans un présent qui les réactive continuellement, «transformant le retour d'une esthétique en esthétique du retour à partir de laquelle un nouveau rapport à l'actualité [...] peut devenir possible» (Arsenault, 2007).

Si Mnémosyne se positionne en apparence dans une non-exhaustivité des œuvres (et de leurs diverses composantes, toutes réduites et contenues en une œuvre synecdochique) et des rapports que celles-ci peuvent entretenir entre elles (parce qu'énoncés — et donc présentés comme finis — par la commissaire) en plaçant les spectateur·ices devant l'immensité de l'histoire de l'art et l'infinité des liens à faire n'attendant que leur découverte — ces réinterprétation et réactualisation des œuvres, passées comme présentes — «pour se redonner une pertinence historique, de manière à ne pas disparaître dans le flot [...] d'images simplifiées» (Arsenault, 2007), l'exposition crée un désir spectoral d'exhaustivité par la pluralité possible des mises en récit de la contemporanéité.

En ce sens, si le dispositif de l'exposition ne contient pas lui-même l'exhaustivité sous sa forme positive, il induit incontestablement, chez les spectateur·ices, la quête de cette dernière : il offre le pouvoir d'y aspirer.  

Discours / Notes: 

«Du coup, ce parcours muséal est une invitation au jeu mais aussi à la réflexion, car rien n'est plus intéressant que de prolonger l'appréciation d'une œuvre au moyen de son téléphone intelligent, se mettant en quête d'autres détails sur ses caractéristiques, son histoire propre.» (Éric Clément, Mnémosyne: quand hier répond à aujourd'hui, La Presse, 10 mai 2017).

«Qu’ont en commun les œuvres S’attarder dans la demeure du temps (Vanitas), réalisée en 2016 par Dan Brault, un artiste de Québec qui n’a pas encore 40 ans, et Vanité, de l’Européen du XVIIe siècle N.L. Peschier? Dès le premier coup d’oeil, en fait, on voit que l’inspiration est la même. La vanité est, dans les codes anciens du genre, une nature morte associée à une symbolique de la mort. D’où les crânes, au centre des deux œuvres. Et la réflexion qui s’ouvre sur la précarité de l’existence. «Grâce à cette association, le visiteur peut découvrir Dan Brault, aller lire par la suite sur lui et sur ce qu’est la vanité, puis construire en même temps sa connaissance de l’histoire de l’art», explique Geneviève Goyer-Ouimette, conservatrice de l’art québécois et canadien contemporain au MBAM et commissaire de l’exposition.» (Martine Letarte, L'art contemporain rencontre des œuvres du passé, Le Devoir, 10 mars 2018).