"Mary in the black and white room": réflexion sur la transmission du savoir dans l'archivage du quotidien

Date de publication: 
10 novembre 2016

Source de l'image de couverture: Gerhard Richter, Abstraktes Bild (N.635), 1987.

Ava Session 4: Mary in the Black and White Room

Notre compréhension du monde se base sur notre capacité à faire l’analyse des signes qui nous entourent. Nous assimilons et intellectualisons les situations, les lieux, les êtres, automatiquement. Par ce processus de lecture sémiotique de notre environnement, nous faisons l’acquisition de connaissances et de savoirs sur le monde qui nous entoure. Ces acquis nous permettent d’interpréter de plus en plus rapidement notre univers et les situations à venir, puisque malgré le caractère possiblement novateur des situations auxquelles nous seront dans le futur confrontés, celles-ci ont inévitablement des composantes basiques que nous connaissons déjà. Pour faire vite, pour faire gros, notre interprétation sémiotique se résume à une accumulation et réactualisation perpétuelle de savoirs. Notre appréhension du réel est intimement liée à notre mémoire, et à notre capacité à réactualiser des acquis dans un nouveau contexte.

Ce processus d’assimilation, nous le reproduisons sans cesse. En marchant dans la rue. En mangeant. En prenant le métro, en faisant l’épicerie. En vivant. Mais. Mais ce n’est pas tout. En lisant, aussi. En écoutant un film. En écoutant de la musique. En réfléchissant.

Mon intérêt, ici, porte sur la feintise. Quel est le rôle de l’expérience dans notre compréhension du monde? C'est «Mary in the black and white room». Ex Machina, Alex Garland, 2015. Un homme effectue le test de Turing sur un cyborg. Il lui raconte une histoire, celle de «Mary in the black and white room». Mary étudie la couleur. Elle est spécialiste de couleurs. Elle sait tout ce qu’il y a à savoir sur celle-ci; toutes les spécificités propres à la couleur, les caractéristiques de chaque teintes, la manière dont le cerveau la perçoit. Pourtant, Mary vit dans une salle où tout est en noir et blanc. Elle n’a jamais vu la couleur. Un jour, Mary sort et aperçoit, pour la première fois, ce qu’elle a passé tant d’années à étudier.

The computer is Mary in the black and white room. The human is when she walks out.

Nous ne sommes pas des androïdes, je ne vous inciterai pas à de telles extrapolations. Ce que je propose, ce que je suggère, c’est qu’il y a une différence fondamentale entre l’information que nous pouvons acquérir par l’expérience, et celle que nous ne pouvons qu’intellectualiser en lisant, en écoutant, en pensant. Or, je ne sais pas comment qualifier cette différence. Est-ce que lire, voir, penser, c’est rester dans la chambre en noir et blanc, ou est-ce que c’est plutôt sortir?  Je ne cherche pas à instaurer une hiérarchie du savoir. Je veux simplement ouvrir la porte (peut-être en défoncer une qui est déjà ouverte, qui sait?) pour qu’on puisse se poser la question: qu’est-ce qui différencie, qu’est-ce qui marque, la singularité du savoir indirect?

En documentant mon vécu, mon présent, en tentant de fixer mon rapport au réel, que puis-je transmettre? Où se trouve la limite de cette transmission? Cette limite existe-t-elle?